Les Résultats

1 an après la création de l’association, petit bilan en chiffres

 

- L’Association Parler compte des relais dans 5 villes de France : Paris, Lille, Lyon, Bordeaux, Le Mans, et bientôt 7 avec Grenoble et Toulouse.

- 15 « Rendez-vous » ont été organisés entre janvier et juin à Paris, Lille Le Mans, Lyon et Bordeaux (soient 3 rendez-vous par ville)

- 210 femmes ont été présentes aux « Rendez-vous » de Parler.

- Aujourd'hui, plus de 90 personnes bénévoles font vivre cette association au quotidien, dont 40 expertes ou experts, et 35 professionnelles ou professionnels de l’accompagnement de victimes. (nous étions 4 l'an dernier à la même date)

- 500 femmes se sont manifestées pour assister à de futurs « Rendez-Vous » de Parler dans des villes où il n’y a pas encore de relai de l’association.

l’Association Parler a été partenaire d'une représentation de la pièce « Les Monologues du Vagin » de Eve Ansler  au Comédia le 12 mars 2018 (V Day) Avec la participations de Sandrine Rousseau aux côtés de Sophia Aram, Cartherine Arditi, Rachel Kahn, Delphine Horvilleur, Chloé Jouannet, Alison Wheeler, Stéphanie Bataille, Wendy Bouchard, Juliette Arnaud, et Charlotte Gaccio. Mise en scène par Coralie Miller.  Les bénéfices de cette représentation ont été reversés à l’association Parler.

l’Association Parler a organisé la première en France de L’Exposition « Que Portais Tu ce Jour là ? » à L’université de Lille du 7 mars au 27 avril (première en France).

Jusqu'ici l'Association parler a été financée grâce à des dons directs, grâce à la plateforme Go Fund Me, ou grâce à des partenariats avec des événements qui ont reversé leurs bénéfices ou partie des bénéfices

 1 an après la création de l’association, petit bilan en mots

 

« Un an après la création de l’association Parler, j’avais envie de vous dire… qu’en un an il y a eu des milliers de kilomètres parcourus, en train, mais aussi lors des « rendez-vous », ces groupes de parole créés dans déjà 5 villes en France. Cette année a été l’année de la naissance de l’association et elle a déjà prouvé que Parler aide à se réparer. Il y aurait des dizaines d’histoires à raconter, d’anecdotes à relater qui démontrent que même si cela n'ira jamais assez vite, on avance.

Voici quelques-uns de ces moments, certaines se reconnaitront sans doute - même si on les identifie pas.

 

Pousser la porte

Elle passait et repassait devant l’entrée du bar qui servait de lieu de rendez-vous ce soir-là. Elle prenait le prétexte de la cigarette, n’arrivait pas à entrer comme si la porte de la brasserie était trop lourde. Elle était toute jeune. C’est une des bénévoles qui l’a repérée avec ses allers et retours hésitants. Elle est sortie pour l’aborder et elles ont poussé la porte à deux. Elle n’avait jamais réussi à parler de ce qui s’était passé dans ce lycée deux ans auparavant. Aujourd'hui, elle organise une série d’interventions dans des lycées, nous irons témoigner ensemble à l’automne dans plusieurs d’entre eux pour alerter les personnels, les lycéens et lycéennes. C’est elle qui a insisté - elle m’a dit qu’elle prendrait une grande inspiration avant mais elle veut le faire : elle interviendra dans ce lycée, celui-là même où cela s’est passé.

 

Les cent pas

Elle n’arrive plus à manger, c’est pour cela qu’elle est si fine. Au « rendez-vous » ce matin-là, il y avait des viennoiseries et du café ; elle tripotait compulsivement son téléphone en faisant les cent pas dans la salle que l’on nous avait prêté. Elle ne l’avait dit à personne mais elle ne mangeait plus. Elle rêvait que les médecins de l’hôpital lui demandent pourquoi elle n’avait plus faim mais ils ne l’ont pas fait. Ils ont mis en place des traitements et un accompagnement mais personne ne lui a demandé ce qui lui avait coupé l’appétit. Elle dit que c’est dur de venir parler. Chaque fois elle ne sait pas si elle arrivera à franchir de nouveau le seuil de la porte mais chaque fois elle est là, présente.  Au dernier « rendez-vous » où elle était, elle a grignoté, du bout des lèvres mais quand même.

 

De la parole aux actes

C’était un étudiant comme elle, à l’Université. Après, lui avait continué le cursus, elle avait du s’arrêter pour dépression. Elle a appris qu’il pourrait devenir personnel de l'université. Alors avant qu'il ne soit recruté, elle a voulu prévenir. Elle a écrit au Président de cette université. C’était tellement confus au début qu’on y comprenait rien. Son esprit ne parvenait plus à se fixer sur autre chose que sur ce qui s’était passé cette année-là. Il y a bien eu une dizaine de brouillons mais elle a réussi. Elle est tellement soulagée d’avoir pu envoyer cette lettre. Ecrire, c’est aussi parler.

 

Le procureur

Au premier « rendez-vous » elle pleurait tout le temps, impossible de dire quoi que ce soit. Les larmes coulaient tant qu’au moment de se présenter, elle a passé son tour. Au second « rendez-vous » elle n’a pas parlé mais elle ne pleurait plus. Au troisième « rendez-vous » elle a levé timidement la main. Sa voix était toute fluette. Elle voulait nous le dire : elle avait envoyé sa lettre au procureur pour porter plainte.

 

Parler aux enfants

Elle est venue aux « rendez-vous » parce qu’elle voudrait trouver la force et la forme pour le dire à ses enfants. Cela s’est passé quand elle était enfant. Un jour en ouvrant le journal elle a su que ce prof de sport était mort. Il avait donné des cours pendant trente ans. Elle se dit qu’il doit y avoir d’autres victimes, mais elle ne sait pas comment les retrouver. Elle compte sur le site suisjeseule.org que l’association est en train de mettre en place avec la CNIL et qui permettra de mettre en relation les victimes d'un même agresseur. Au dernier « rendez-vous », elle nous a raconté qu’elle avait commencé à aborder le sujet avec ses enfants. Elle devait continuer cet été, on a hâte de connaitre la suite de l’histoire, et elle le sait, elle n’est plus seule avec ça.

Se transformer pour revivre

“ L’Association PARLER nous met non seulement en contact avec des personnes que nous n’aurions jamais rencontrées dans un autre contexte mais elle nous permet de rencontrer des êtres humains face auxquels nous n’avons pas besoin de nous justifier parce qu’ils savent déjà ce à quoi nous sommes confrontés. [...]  Je souhaiterais évoquer l’expérience du premier rendez-vous [...]. J’ai pu parler et avec ces mots, des maux ont été déposés, ils n’étaient plus bloqués dans mon corps. J’étais tellement heureuse d’avoir trouvé ce lieu si unique que je suis sortie avec un immense sourire, tellement rayonnant, comme j’ai rarement eu dans ma vie, et d’autant plus depuis les agressions. Toutes les personnes présentes ce jour ont pu observer cette métamorphose (mon visage parlait de lui-même) parce qu’au final, tricoter sa résilience, c’est se transformer, c’est passer d’un état de mort psychique à la vie.”

Et il y en a tant d'autres...

 

Un an après la création de l’association Parler, j’avais aussi envie de dire… merci et bravo.

Merci et bravo à ces femmes bénévoles qui font vivre l’association. Merci et bravo à ces femmes qui sont venues nous dire leur histoire. Merci à tous les messages de soutien si importants car ils donnent l’énergie de faire, Merci à toutes celles et ceux qui nous ont adressé des e-mails ou des encouragements sur les réseaux sociaux, et à qui nous avons parfois répondu avec retard tant il y en avait. Grâce à toutes ces énergies réunies, grâce à cette époque qui entend mieux, d'ici juin 2019 il y aura au moins 7 villes en France où des groupes de parole seront organisés... 

Il reste tant à faire mais on avance. Merci. »

 

Lille, 1er septembre 2018

Sandrine Rousseau, présidente de l’Association Parler

partenaires :

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